Assiette d'insectes comestibles pour l'alimentation humaine : criquets et vers de farine roti avec barres proteinees et farine d'insectes, palette verte, photo editoriale

Insectes dans l’alimentation humaine : où en est le « novel food »

L’essentielManger des insectes est légal dans l’Union européenne, mais très encadré : chaque espèce doit être autorisée un par un via le règlement « nouveaux aliments » (novel food) 2015/2283. À ce jour, quatre insectes sont autorisés à la consommation humaine dans l’UE : le ténébrion meunier (ver de farine, Tenebrio molitor, 2021), le criquet migrateur (Locusta migratoria, 2021), le grillon domestique (Acheta domesticus, 2022) et le petit ténébrion mat (Alphitobius diaperinus, 2023). Chaque autorisation passe par une évaluation de sécurité de l’EFSA et un vote des États membres. L’étiquetage doit signaler l’ingrédient et les allergènes (risque croisé avec crustacés et acariens). En France, c’est ce cadre européen qui s’applique : pas d’insecte « clandestin » dans votre assiette.

Manger des insectes n’a rien d’un fantasme futuriste : c’est déjà une réalité réglementée en Europe. Barres protéinées au grillon, pâtes enrichies en farine de ténébrion, apéritifs de criquets… Ces produits existent, se vendent légalement et arrivent doucement dans les rayons. Mais derrière ces nouveautés se cache un cadre juridique précis, celui du « novel food ». Où en est-on vraiment ? Quels insectes ont le droit de finir dans nos assiettes, et lesquels restent interdits ? Le point, sans militantisme et sans catastrophisme.

« Novel food » : de quoi parle-t-on ?

Un « nouvel aliment » (novel food en anglais) désigne, en droit européen, tout aliment qui n’était pas consommé de façon significative dans l’UE avant le 15 mai 1997. C’est le cas des insectes destinés à l’alimentation humaine. Le texte de référence est le règlement (UE) 2015/2283, applicable depuis le 1er janvier 2018, qui a explicitement rangé « les animaux entiers et leurs parties » — donc les insectes entiers et les farines qui en sont issues — dans la catégorie des nouveaux aliments.

La conséquence est simple mais lourde de portée : aucun insecte ne peut être vendu comme aliment sans autorisation préalable. Il ne suffit pas qu’un producteur décide de commercialiser du grillon en poudre ; il faut une autorisation accordée espèce par espèce, forme par forme (entier, séché, en poudre, dégraissé…). Attention à ne pas confondre avec l’alimentation animale, qui relève d’un tout autre cadre : nous détaillons ce volet dans notre article sur la réglementation de l’élevage d’insectes.

Une liste positive, pas une tolérance générale

Le principe est celui d’une « liste positive » : seul ce qui figure explicitement sur la liste de l’Union est autorisé. Tout le reste — les dizaines d’autres espèces d’insectes comestibles consommées ailleurs dans le monde — reste interdit à la vente comme aliment dans l’UE tant qu’une demande n’a pas abouti.

Quels insectes sont autorisés dans l’UE ?

À ce jour, quatre espèces d’insectes sont autorisées à la consommation humaine dans l’Union européenne. Chacune a franchi la procédure d’autorisation, sous une ou plusieurs formes bien définies.

Espèce (nom courant) Nom scientifique Autorisation Formes autorisées
Ténébrion meunier (ver de farine) Tenebrio molitor Mai 2021 (1re espèce) Larve séchée, puis congelée et en poudre ; poudre de larve entière traitée aux UV depuis 2025
Criquet migrateur Locusta migratoria Novembre 2021 Congelé, séché, en poudre
Grillon domestique Acheta domesticus Février 2022 Congelé, séché, en poudre ; poudre partiellement dégraissée (2023)
Petit ténébrion mat (« buffalo ») Alphitobius diaperinus Janvier 2023 Larve congelée, en pâte, séchée, en poudre

Le premier a ouvert la voie : la larve séchée de ténébrion meunier (le fameux ver de farine) a été autorisée le 3 mai 2021, devenant le tout premier insecte à entrer légalement dans l’alimentation humaine européenne. Ont suivi le criquet migrateur (12 novembre 2021), le grillon domestique (février 2022, puis sa poudre dégraissée en janvier 2023) et la larve du petit ténébrion mat, aussi appelé « buffalo », le 5 janvier 2023.

Et la mouche soldat noire dans tout ça ?

La mouche soldat noire (Hermetia illucens), vedette de la valorisation des déchets, n’est pas (encore) autorisée pour l’alimentation humaine dans l’UE. Ses larves sont surtout valorisées en alimentation animale et pour le compost. Sur leur intérêt nutritionnel, voyez notre dossier sur le profil nutritionnel des protéines d’insectes.

Comment une espèce est-elle autorisée ?

Le chemin qui mène un insecte de l’élevage à l’assiette est long et balisé. Il repose sur un principe : prouver l’innocuité avant d’autoriser. Concrètement, la procédure suit plusieurs étapes.

  1. Dépôt d’une demande auprès de la Commission européenne par un producteur, pour une espèce et une forme précises, accompagné d’un dossier scientifique (composition, procédé, données de sécurité).
  2. Évaluation par l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui analyse les risques : allergènes, contaminants, substrat d’élevage, procédé de transformation. Elle rend un avis scientifique.
  3. Vote des États membres : si l’avis est favorable, la Commission propose un projet d’autorisation, soumis au vote des pays de l’UE.
  4. Publication d’un règlement d’exécution qui inscrit l’espèce et sa forme sur la liste de l’Union des nouveaux aliments, souvent avec des conditions d’usage et d’étiquetage.

Ce processus explique pourquoi les autorisations arrivent au compte-gouttes, une espèce à la fois : chaque dossier peut prendre plusieurs années. Il garantit en contrepartie que ce qui arrive dans le commerce a été passé au crible de la sécurité sanitaire.

Aliments a base de farine d'insectes presentes proprement : barres proteinees, pates seches, pain et poudre proteinee sur une planche en bois clair, palette verte
La farine d’insectes s’intègre le plus souvent à des produits transformés (barres, pâtes, snacks) plutôt que consommée telle quelle.

Étiquetage et allergènes : ce que dit la loi

Un produit contenant des insectes autorisés n’est pas vendu « en douce ». La réglementation impose une transparence sur l’étiquette : l’insecte doit apparaître clairement dans la liste des ingrédients, avec son nom courant et son nom scientifique. Le consommateur doit pouvoir savoir ce qu’il achète.

Le point le plus sensible concerne les allergies. L’EFSA a identifié un risque d’allergie croisée : les personnes allergiques aux crustacés (crevettes, crabes) et aux acariens peuvent réagir aux protéines d’insectes, du fait de leur parenté biologique (ce sont tous des arthropodes). L’étiquetage doit donc mentionner cet avertissement. C’est une information capitale pour les consommateurs concernés.

Autorisé ne veut pas dire anodin pour tout le monde : une personne allergique aux crevettes ou aux acariens doit lire l’étiquette d’un produit aux insectes comme elle lirait celle d’un plat de fruits de mer.

2015/2283
le règlement UE « nouveaux aliments » qui encadre les insectes comestibles
4
espèces d’insectes autorisées à ce jour pour l’alimentation humaine dans l’UE
2018
année d’entrée en application du régime « novel food » pour les insectes
~60 g
de protéines pour 100 g de criquet séché : un profil nutritionnel dense

La France et l’acceptabilité des insectes

En France, pas de règle nationale spécifique : c’est le cadre européen qui s’applique directement. Les mêmes quatre espèces y sont autorisées, ni plus ni moins. Le pays compte des acteurs industriels de premier plan, à commencer par Ÿnsect, qui exploite une ferme verticale de ténébrion près d’Amiens — même si sa production vise surtout, pour l’instant, l’alimentation animale et les engrais. Des pionniers comme Micronutris (Toulouse) travaillent, eux, l’insecte comestible destiné à l’humain.

Reste le principal obstacle : la néophobie alimentaire, cette réticence culturelle à manger des insectes, très ancrée en Europe. La parade des industriels consiste à transformer l’insecte en farine ou en poudre, invisible à l’œil, intégrée à des aliments familiers : pâtes, pains, barres, chips. Le grillon, par exemple, a un goût discret, souvent décrit comme proche de la noisette. À la clé, un argument de poids : les insectes affichent une empreinte environnementale bien plus légère que la viande (moins d’eau, de terres et d’émissions par gramme de protéine).

En résumé, manger des insectes est aujourd’hui légal, encadré et sûr dans l’UE — pour les quatre espèces autorisées et sous réserve de l’étiquetage allergènes. La filière avance prudemment, au rythme des autorisations. À chacun, ensuite, de franchir (ou non) le pas de la fourchette.

Testez vos connaissances

Cochez la réponse de votre choix, la correction s’affiche aussitôt.

1. Quel texte encadre les insectes dans l’alimentation humaine en Europe ?




Exact : c’est le règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments, applicable depuis 2018, qui range les insectes parmi les novel foods soumis à autorisation.Non : c’est le règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments. Le bio et l’absence de règle sont hors sujet ici.

2. Combien d’espèces d’insectes sont autorisées pour l’alimentation humaine dans l’UE ?




Oui : quatre espèces à ce jour — ténébrion meunier, criquet migrateur, grillon domestique et petit ténébrion mat (« buffalo »).La bonne réponse est quatre : ténébrion meunier, criquet migrateur, grillon domestique et petit ténébrion mat. Le reste demeure interdit à la vente.

3. À quel risque allergique les produits aux insectes exposent-ils ?




Exact : l’EFSA a identifié un risque d’allergie croisée avec les crustacés et les acariens, tous des arthropodes. L’étiquetage doit le signaler.Non : le risque documenté est une allergie croisée avec les crustacés et les acariens, à cause de la parenté entre arthropodes.

En résumé

Les insectes sont bien entrés dans l’alimentation humaine européenne, mais par la petite porte du droit : le règlement « nouveaux aliments » 2015/2283 impose une autorisation espèce par espèce, après évaluation de sécurité de l’EFSA et vote des États membres. Quatre insectes sont aujourd’hui autorisés dans l’UE — ténébrion meunier, criquet migrateur, grillon domestique et petit ténébrion mat — le plus souvent sous forme de farine intégrée à des produits transformés. L’étiquetage doit être transparent et signaler le risque d’allergie croisée avec les crustacés et les acariens. En France, ce cadre européen s’applique tel quel ; le vrai frein n’est pas la loi, mais l’acceptabilité culturelle.

Questions fréquentes

Peut-on légalement manger des insectes en France ?

Oui, pour les espèces autorisées au niveau européen. La France applique le règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments : quatre insectes y sont autorisés à la consommation humaine (ténébrion meunier, criquet migrateur, grillon domestique, petit ténébrion mat). Les produits qui en contiennent sont vendus légalement, à condition de respecter l’étiquetage réglementaire.

Quels insectes sont autorisés dans l’alimentation humaine dans l’UE ?

Quatre espèces : le ténébrion meunier ou ver de farine (Tenebrio molitor, autorisé en 2021), le criquet migrateur (Locusta migratoria, 2021), le grillon domestique (Acheta domesticus, 2022) et la larve du petit ténébrion mat ou « buffalo » (Alphitobius diaperinus, 2023). Chacune est autorisée sous des formes précises (entier, séché, en poudre, etc.).

Qu’est-ce que le « novel food » ?

Le « novel food », ou nouvel aliment, désigne en droit européen tout aliment non consommé de manière significative dans l’UE avant le 15 mai 1997. Les insectes en font partie. Le règlement (UE) 2015/2283 impose une autorisation préalable, accordée par la Commission européenne après une évaluation scientifique de sécurité menée par l’EFSA et un vote des États membres.

Les insectes comestibles présentent-ils un risque d’allergie ?

Oui, pour certaines personnes. L’EFSA a identifié un risque d’allergie croisée entre les protéines d’insectes et celles des crustacés et des acariens, car ce sont tous des arthropodes. Les personnes allergiques aux crevettes, crabes ou acariens doivent donc se méfier des produits aux insectes, dont l’étiquetage est tenu de mentionner cet avertissement.


Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *